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Le FMI, l’euro et la Grèce: un rapport accablant

Le rapport publié par le Independent Evaluation Office du FMI sur la gestion de l’aide à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal[1], contient une série de remarques qui ne surprendront certes pas les spécialistes, mais qui n’en sont pas moins profondément révélatrice. Au delà, ce rapport, que l’on pourra consulter ci-dessous, est extrêmement intéressant par ce qu’il révèle sur le fonctionnement de cette organisation. L’article publié dans The Telegraph par Ambrose Evans-Pritchard[2], en tire déjà certaines conclusions.
Rapport de l’Independent Evaluation Office
On se demandera alors si le FMI est devenu le nouveau repère de l’extrême-gauche, voire des souverainistes. Comment une organisation internationale comme le FMI peut-elle tout à la fois tenir un discours très conservateur, par l’intermédiaire de Mme Christine Lagarde, publier des textes, qu’il s’agisse des documents de travail (aisément accessibles sur le site du FMI), ou des rapports[3], qui nourrissent une bonne partie des critiques contre les politiques de la Troïka, et avoir – sur le terrain – toujours la même attitude, qui l’a rendue odieuse, depuis le début des années 1990 ? C’est que le FMI est en même temps trois choses distinctes, et que de cela découlent des points de vue nécessairement différents.
  1. Le FMI est non pas une « organisation internationale » au sens des Nations-Unies, mais en réalité une banque. On oublie, un peu vite, cette réalité. Cette banque doit la majorité de son capital aux Etats-Unis. La directrice (ou le directeur) du FMI doit donc à la fois s’en tenir à la charte interne du FMI et naviguer entre ses grands actionnaires. C’était d’ailleurs pourquoi Dominique Strauss-Kahn, quand il était directeur, avait tenté une réforme donnant plus de poids aux pays « émergents ». Les discours tenus par Mme Lagarde sont des discours de politique, ou de diplomatie. Ils ne reflètent que médiocrement les réalités économiques mais bien plus les rapports de forces existants entre les grands actionnaires. A ce sujet, il faut toujours se rappeler de l’aphorisme qui dit que « quand un diplomate vous dit ‘oui’, il pense ‘peut-être’, quand il vous dit ‘peut-être’ il pense ‘non’, et s’il vous dit ‘non’, ce n’est pas un bon diplomate.
  2. Le FMI, pour être capable d’intervenir de manière efficace, s’est doté d’un service de recherches. Ce service a connu un fort développement depuis les années 2000, et surtout à la suite du désastre que fut, pour le FMI, la crise russe mais aussi la crise asiatique. Le FMI fut, à la fin des années 1990, sous les feux des critiques non seulement de l’extrême-gauche mais aussi de gens bien plus modérés. La crise russe d’août 1998, mais aussi l’échec du FMI dans sa gestion de la crise asiatique ont provoqué une prise de conscience. Les travaux du service de recherche sont devenus plus ouverts à la réalité économique et moins imprégnés de la doctrine monétariste qui prévalait au début des années 1990. Cette doctrine était d’ailleurs mal comprise, et le niveau général, en économie, des directeurs du FMI était assez faible. J’ai travaillé avec le FMI de 1991 à 1993, et je me souviens de ce qu’un des directeurs (homme fort affable par ailleurs) m’avait déclaré en public « Monsieur Sapir, l’inflation est toujours et partout un phénomène macroéconomique, comme l’a démontre Von Hayek », et ce alors que toutes les personnes connaissant un peu l’œuvre de Hayek savent pertinemment que, pour cet auteur, l’inflation est d’abord causé par les désordres microéconomiques…Depuis 2004, la qualité des travaux publiés par le FMI a connu un fort progrès. Cela ne veut pas dire que l’idéologie n’y joue aucun rôle, ni que la doctrine économique du FMI soit nécessairement une référence. Mais, les travaux de Blanchard et Leigh, par exemple, ont compté dans cette prise en compte de la réalité[4].
  3. Par contre, les « experts » envoyés dans les pays sous contrôle du Fmi sont restés ce qu’ils étaient au début des années 1990, c’est à dire des brutes dont les compétences sont limitées mais le pouvoir de nuisance expéditif…
Il faut donc lire le rapport écrit par l’Independent Evaluation Office. Un point particulièrement important est mis en avant dès la préface :
« The IEO report approaches the topic by asking whether the IMF’s crisis management was appropriate, given the exceptional circumstances; whether it compromised its best economic judgment because of the way it engaged the euro area; and what it could have done differently to achieve better outcomes. The evaluation concludes that the Executive Board generally played a limited role in its supervisory function, and that the IMF’s overall performance in surveillance and crisis lending was uneven. The IMF’s handling of the euro area crisis raised issues of accountability and transparency, which helped create the perception that the IMF treated Europe differently »
Autrement dit, et cela est écrit avec beaucoup de diplomatie, la Direction du FMI n’a pas joué son rôle de supervision et a « compromis » son jugement pour satisfaire aux responsables de la zone Euro. Mais, encore une fois, on ne saurait trop conseiller de lire l’intégralité du rapport…
[1] Takagi, Shinji, | International Monetary Fund. Independent Evaluation Office, The IMF and the crises in Greece, Ireland, and Portugal, Washington DC, IMF, 2016.

Este artigo encontra-se em: FOICEBOOK http://bit.ly/2umErSu

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