Hollande & Macron

Nicolas Framont, sociologue qui s’est intéressé au parcours du candidat Macron, analyse la passation de pouvoir qui a eu lieu ce dimanche comme une continuité entre les deux hommes. Le second, toutefois, plus “décomplexé”
Entrevista no Huma
François Hollande semblait satisfait d’accueillir son successeur aux deux commémorations qui ont suivi le second tour. Cette attitude symbolise-t-elle une satisfaction  vis-à-vis de son quinquennat?
Nicolas Framont – Sur le plan stratégique, il semble qu’Emmanuel Macron ait réalisé un des vœux de Manuel Valls et François Hollande : rompre avec ce qu’il restait de socialiste dans le Parti Socialiste, pouvoir assumer le fait d’avoir un programme libéral. Hollande et Valls ont paradoxalement souffert de leur appartenance à la gauche. Rompre avec cette étiquette, aller vers quelque chose de plus transversal, une sorte de « parti démocrate à la française » était déjà à l’esprit de l’exécutif. Comparons la loi El Khomri et les projets de réforme du code du Travail d’Emmanuel Macron : il n’y a aucune rupture programmatique, seulement une plus grande décomplexion. Qui aurait pu imaginer que le président le plus impopulaire de la Ve République obtiendrait l’élection du partisan de ses mesures les plus controversées ? Avec le recul, c’est stupéfiant.

Que révèle le parcours d’Emmanuel Macron depuis son entrée à l’Elysée ?
Nicolas Framont – Emmanuel Macron fait partie de ces politiques entrés dans ce monde par la technocratie. Il est à la fois le produit et le carburant de cette logique néolibérale. Il a été porté par ceux qui considéraient son talent comme un atout pour l’avenir : Jacques Attali a fait de lui le rapporteur du rapport portant son nom, Serge Weinberg lui a conseillé de s’enrichir dans la banque d’affaire et Jean-Pierre Jouyet l’a emmené avec lui à l’Elysée. Ces trois hommes ont pour point commun d’être des instigateurs de l’alignement de la gauche vers le néolibéralisme et la description de celui-ci comme seul horizon possible. Une fois à l’Elysée, Macron a soutenu toutes les transgressions de Hollande sur le plan de sa politique économique et sociale et, parvenu au ministère de l’Economie, il s’est montré à la hauteur de la volonté de Valls d’incarner un gouvernement « pro-business ». Il a donné le feu vert aux grandes opérations de Patrick Drahi, a encensé les patrons français du numérique exilés à Londres en parrainant le label flatteur de « French Tech » et a donné des gages au Medef en « brisant des tabous » – terme signifiant en réalité « proposer des mesures régressives sur le plan social ». Tout cela avec la bénédiction de François Hollande, qui aurait pourtant pu écarter plus vite son ministre et briser sa dynamique. Sa décision de ne pas se représenter n’est pas un aveu de faiblesse. Il s’agissait plutôt d’une déclaration de soutien, envers un homme plus à même de poursuivre son œuvre de conversion idéologique de la gauche et de détricotage des conquêtes du pouvoir ouvrier.

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